De Saint Louis à Thiès, via le désert de Lompoul

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Sur le toit du monde…

La journée : vendredi 27 juillet 2001
Réveil très matinal : 5 heures (merci Fabienne, on avait dit 5h30… ). Départ de l’hôtel en « 4×4″… un 15 tonnes tout-terrain ! Direction le désert de Lompoul : piste jusqu’à l’embouchure du fleuve Sénégal puis bord de mer à marée basse en descendant la grande côte. Nombreux arrêts pour faire refroidir le moteur du camion (ventilo cassé !) ; baignades… Pique-nique sous les arbres derrière les dunes du bord de mer. En début d’après-midi, le désert de Lompoul, enfin ! Marche et séance photos dans les dunes, sable fin et très chaud… Détour en repartant par Lompoul-village : accueil extraordinaire avec le thé du chef et les sourires des femmes peules qui s’occupent de leurs bébés. Fin du périple à Kebemer où nous retrouvons Loïc, Hassan et Serigne avec notre minibus, direction Thiès. Pause à Gaye Mekke, capitale de la chaussure sénégalaise : achat de sandales. Installation à l’hôtel Rex de Thiès (confort très modeste) ; repas chez la grand-mère d’Amath, thé et photos de famille !

Un chiffre
144 – Le nombre de photos que j’ai déjà prises depuis le départ, soit quatre pellicules de 36 en huit jours… Je suis à sec, c’était ce que j’avais prévu pour deux semaines ! Nanie promet de me dépanner : elle a bien amené son appareil, mais dès le premier jour à Gorée elle a compris qu’il ne lui serait pas d’une grande utilité. A chaque fois qu’elle avait voulu prendre un truc, j’avais déjà dégainé… J’ai donc été désigné photographe officiel de l’expédition, et je ne me prive pas. Quand il s’agit de photos, une seule règle : au diable l’avarice ! Ces huit premiers jours ont été si riches, de paysages, d’ambiances extraordinaires, de visages à immortaliser… J’ai tellement peur de perdre le souvenir de toutes ces images, de regretter d’avoir hésité à prendre une photo que je mitraille à tout-va. Je sollicite toutefois toujours l’autorisation des autochtones avant de les immortaliser : prendre des photos, oui, voler des clichés et provoquer des réactions hostiles, non…

A voir / à faire
La grande côte en 4×4 – La grande côte sénégalaise qui s’étend de St Louis à Dakar est une immense plage de sable de plus de 200 kilomètres… Nous la rejoignons avec notre énorme camion 4×4 juste avant l’embouchure du fleuve Sénégal, en face de la pointe de la langue de Barbarie où nous étions la veille. Nous profitons alors de la marée basse pour longer le bord de mer, nous parcourons ainsi plusieurs dizaines de kilomètres face à l’océan… Malgré un lever bien trop matinal à mon goût, ce trajet qui mène au désert vaut le détour à lui tout seul.

Plage de la grande côte sénégalaise

Plage de la grande côte sénégalaise

Le désert de Lompoul – Ni le Routard ni le Lonely n’en mentionnent l’existence. Quel est donc ce mystérieux désert : piège à touristes ou merveille méconnue ? Au bout d’un long et incertain périple, l’ascension en 4×4 d’une dernière colline nous offre un décor tel que je l’espérais : des dunes et des dunes d’un sable très fin de couleur ocre, sans aucune végétation…

Les dunes du désert de Lompoul

Les dunes du désert de Lompoul

Encore préservé du tourisme, l’unique désert du Sénégal est pourtant un lieu extraordinaire à découvrir. Certes, ce n’est pas le Sahara et ses dunes à perte de vue, celui-là ne mesure qu’une trentaine de kilomètres dans sa plus grande longueur et on aperçoit de la végétation à l’horizon. Mais le charme et le mystère de cette belle étendue de sable restent intacts… On en repart toujours trop vite !

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Case du village peul de Lompoul

Lompoul, le village peul – Je suis encore envoûté par les images de désert au moment où nous nous arrêtons à Lompoul-village, situé à quelques kilomètres. Ce petit village peul est un véritable paradis. L’arrivée de notre gros camion ne passe pas inaperçu, et très vite toute la population est informée de notre présence. Après avoir échangé quelques mots avec notre guide local, le chef nous invite tous à venir prendre le thé chez lui, les enfants nous saluent ; quelques femmes nous présentent leurs bébés et les échanges qui se créent sont extraordinaires…

lompoul-village-peul-femmeJuste avant le départ, l’institutrice du village vient à notre rencontre, elle est la seule à parler français ; d’apparence soignée et très élégante, elle est belle comme le sont les femmes peules, avec les traits du visage d’une finesse incroyable. Après les adieux, nous remontons dans notre engin, et je quitte ce village le sourire aux lèvres, enrichi par ces moments de vie africaine…

Souvenirs-sourires…
grande-cote-camion-toit-01Sur le toit du monde – Avant de gagner la plage, nous empruntons une piste bordée de buissons et d’arbres, et notre gros camion est tellement large que nous risquons à tout moment d’être griffés par les branches. Une quinzaine d’autres personnes s’est jointe à nous pour l’excursion au départ de St Louis, et nous sommes presque serrés sur les banquettes arrière… Enfin sur la plage, Clervie et Marion demandent au guide l’autorisation de monter sur le toit. D’un même élan, nous sommes une dizaine à grimper à l’échelle pour nous installer, et notre gros véhicule reprend sa route. L’immense plateau de bois de la galerie est moins moelleux que les banquettes et la plage est quelque peu bosselé, mais c’est la vie au grand air et la vue est extraordinaire, on ne sait plus où donner de la tête ! Devant et derrière, c’est la plage à perte de vue, je suis du regard les traces que nous laissons dans le sable ; des crabes par centaines jouent avec la marée. Mais je passe l’essentiel du trajet les yeux rivés sur l’océan, respirant à pleins poumons. Le paysage est le même sur des dizaines de kilomètres, et pourtant je ne m’en lasse pas…

Notre camion en panne le long de la grande côte...

Notre camion en panne le long de la grande côte…

Panne, baignades et château – Notre véhicule donne quelques signes de faiblesse : il fait très chaud, le ventilo débloque un peu et de la fumée s’échappe du moteur… Nous devons nous arrêter régulièrement pour laisser refroidir. Comme je chauffe moi aussi sur la galerie, je profite de chacune de ces pauses pour aller me rafraîchir dans l’océan ; je dois faire vite car nous repartons chaque fois presque immédiatement. Le camion tousse un peu en repartant au bout du quatrième arrêt et soudain… « Schoprotofschquissssss !! » (je songe à démarrer une rubrique intitulée « le son du jour »…) Je ne suis pas un expert en mécanique, mais à mon avis avec un bruit pareil, le camion a peu de chances de repartir. Le moteur fume, l’axe du ventilateur vient de casser… Dommage, on aurait pu en avoir besoin avec une telle chaleur ! Cette fois l’arrêt risque de se prolonger : nous sommes encore bien loin de Lompoul, loin de tout, le portable du guide ne passe pas, on ne sait même pas comment on va pouvoir rentrer !

Château "façon Marcel" sur la plage

Château « façon Marcel » sur la plage

La visite du désert semble bien compromise. Pour dédramatiser, je tente quelques jeux de mots à deux francs : « Lompoul c’est grillé », « Il va falloir changer Lompoul »… Dans le même temps, je positive en réalisant qu’il y a pire endroit pour tomber en panne qu’une plage sénégalaise. Je retourne donc me baigner pour me changer les idées, puis je me lance seul dans la construction d’un château « Marcel » sur la plage, comme m’a appris mon papa. Je passe ainsi près d’une heure à monter mes tours et mes flèches, sous l’oeil perplexe des sénégalais de passage. Ils doivent vraiment penser que le soleil m’a cogné sur le crâne !
Après le pique-nique sous les arbres derrière la plage, le camion peut repartir : l’axe du ventilo a été remplacé par un bout de bois trouvé dans le sable…

Les pieds en feu ! – Amath découvre en même temps que nous « son » désert pour la première fois, et c’est un vrai plaisir de le voir s’éclater comme un gamin à courir dans les dunes.

Amath au sommet de la dune

Amath au sommet de la dune

Alors qu’il est parvenu au sommet de l’une d’elles, je lui demande de s’arrêter pour une photo. Je pars à sa poursuite en négligeant un grave paramètre : je suis parti pieds nus, j’ai laissé mes tatannes vers Nanie et Pascal ! Au bout de quelques centaines de mètres, je commence à sentir le sable me chauffer les plantes de pieds… Je cherche des zones moins exposées au soleil, je tente d’enfouir mes pieds, de marcher dans les traces d’Amath, rien n’y fait : j’ai les pieds en feu, ça brûle et c’est insupportable ! Je décide de renoncer à courser Amath (qui est pourtant pieds nus lui aussi !)… Le problème, c’est que je dois encore marcher pour rejoindre mes chaussures ! Je cours aussi vite que je peux les retrouver, en chantant de douleur… ça m’apprendra à me prendre pour un sénégalais !
Pour me faire pardonner de les avoir maltraités ainsi dans le désert, je décide d’offrir à mes pieds de nouvelles sandales à Gaye Mekke, capitale de la chaussure sénégalaise : je me laisse tenter par une paire de tongues en cuir, négociée 2000 francs CFA à un marchand ambulant…

Femme peule et son bébé

Femme peule et son bébé

Rencontres à Lompoul-village – A quelques mètres de la case du chef où nous attendons le thé, quelques femmes peules assises à l’ombre d’un arbre s’occupent de leurs bébés : c’est une scène africaine tellement authentique qu’on ne peut résister à l’envie de prendre une photo. Seulement, les femmes ne sont pas conciliantes, et manifestent leur désaccord à l’égard de ceux qui tentent de les prendre à la dérobée. Pour ne pas les offenser, je tente le tout pour le tout en m’approchant d’elles et en demandant poliment : d’un signe de la main, les dames refusent en souriant… je remballe mon matériel.
Conséquence ou coïncidence, à peine suis-je revenu près de mes compagnons que l’une d’elle nous invite à nous approcher et à nous joindre à elles : elles rient toutes de bon coeur, finalement nous pouvons prendre toutes les photos que nous voulons ! Je ne me prive évidemment pas, les femmes sont si belles, les bébés si craquants ! Mais la séance se prolonge bientôt par d’authentiques échanges, sans zoom et sans appareils. Elles ne parlent pas un mot de français, et nous pas un mot de dialecte peul : tout passe par les regards, les sourires, les gestes… Nanie et Clervie jouent avec les bébés, Anne-Marie et Annie sont invitées à en prendre chacune un dans leurs bras, elles sont aux anges.

Un jeune peul d’une quinzaine d’années (sans doute un grand frère), le visage marqué par une cicatrice, s’approche de moi : il me demande de le prendre en photo. Il pose avec le plus grand sérieux, impassible, le regard dur ; il sourit enfin pour me remercier. Mais il faut déjà partir, s’en aller, dire adieu : c’est un vrai crève-cœur de quitter ce village et toutes ces rencontres si émouvantes…

La grand-mère d'Amath

La grand-mère d’Amath

Photos de famille – Réception familiale en soirée à Thiès, la ville d’Amath : nous sommes invités à déguster un Thiep Bou Dien chez sa grand-mère ! Nous rencontrons les sœurs, les nièces, les cousines… La soirée se prolonge d’ailleurs avec la sortie des albums-photos familiaux : il y a des clichés superbes mais j’ai renoncé depuis longtemps à comprendre l’arbre généalogique de la grande famille d’Amath. Quant à sa grand-mère qui nous accueille, c’est une personnalité extraordinaire, pleine de vie et d’allant, émouvante lorsqu’elle nous conte ses souvenirs…

Une ambiance

Rêves de dunes… – Lorsque j’avais vu le mot « désert » au programme de ce séjour au Sénégal, je n’avais pas hésité une seconde : je rêvais de le revoir depuis les dunes marocaines de l’erg Chebbi.

Cette excursion était à n’en pas douter celle du séjour que j’attendais le plus impatiemment. Les péripéties de la journée viennent refroidir mon enthousiasme : je commence à douter de l’authenticité du lieu, et j’ai peur d’être déçu par un ersatz de désert, par trois grains de sable qui se courent après… J’ai même rempli par précaution ma bouteille avec du sable de la plage sénégalaise, au cas où nous n’arriverions jamais à destination.

Mission accomplie

Mission accomplie

Mon enthousiasme repart de plus belle lorsque le désert est indiqué par un panneau à droite de la route ; quelques minutes plus tard, nous découvrons les dunes de Lompoul… Non, il n’y a pas tromperie sur la marchandise, c’est un vrai désert de chez désert !! Je vide la bouteille de sable ramassé sur la plage et je plonge immédiatement les mains dans celui chaud et fin qui m’entoure pour retrouver une sensation marocaine. Puis très vite, je pars à l’assaut des dunes. Pas dépaysés pour un sou, Nanie et Pascal rigolent en ayant l’impression de regravir la dune du Pyla ! Au sommet de la plus haute, je m’isole un instant pour remplir ma bouteille avec le nectar de Lompoul… mission accomplie.

Patal dans les dunes de Lompoul

Patal dans les dunes de Lompoul

Il fait vraiment très chaud, mais il faut jouer à cache-cache avec le soleil et les nuages pour prendre les photos : je cherche les dunes les plus belles, celles au relief le plus marqué ; il faut descendre un peu pour masquer les limites du désert… La magie fonctionne encore. Je rejoins Nanie et Pascal, qui s’est couché dans le sable, je m’assois à côté d’eux.

Je savoure chaque seconde de ce bonheur total, je joue encore avec le sable, j’ouvre grand les yeux sur ce décor onirique. Mais il est l’heure de repartir, et je prends un malin plaisir à ne pas me presser pour rejoindre le camion, juste pour être le dernier à quitter le désert…

Bouilles de mômes

La peur du toubab...

La peur du toubab…

La peur du toubab – Si les femmes de Lompoul nous accueillent avec un immense sourire, leurs bébés restent plus circonspects : qui sont ces drôles d’individus à la peau si claire qui s’approchent d’eux en souriant et en poussant des gouzi gouzi ? Certains nous regardent avec des yeux plein de curiosité et d’étonnement, d’autres se réfugient tout contre leur mère pour échapper à cette vision peu rassurante… L’un d’eux me dévisage gravement, et se met à hurler lorsque je m’approche pour le prendre en photo ! Il se calme alors que je m’éloigne, et repart de plus belle lorsque je reviens à la charge : il semble vraiment terrorisé, ce qui fait beaucoup rire sa mère ! Je prends vite ma photo pour ne pas le traumatiser plus longtemps. Je me souviens de la réaction similaire de jeunes enfants de mon entourage découvrant les amis burkinabés de la troupe Saaba pour la première fois…

Et au menu :

"Ataya", le rituel du thé façon Amath

« Ataya », le rituel du thé façon Amath

Thiep Bou Dien maison et thé façon Amath – A Dakar, on nous avait assuré que St Louis était la capitale du Thiep bou Dien. En parvenant à Thiès, Amath nous promet que celui de sa grand-mère surclasse tous ceux que nous avons déjà mangés. Nous nous régalons effectivement de la cuisine maison des poissons et des légumes. Le plat est épicé juste comme il faut…
Amath ne nous laisse pas repartir de chez lui avant de nous avoir préparé le thé à sa manière, comme il l’avait déjà fait à St Louis. Aussi minutieux qu’un orfèvre, il verse et reverse le thé de verre en verre afin de produire une mousse onctueuse qui renferme l’essentiel de la saveur… Cela dure quelques bonnes minutes, mais c’est un véritable spectacle d’artiste et la dégustation finale n’est pas le moindre des plaisirs. Jusqu’à la fin du séjour, je ne raterai pas une occasion de voir Amath à l’oeuvre et de boire mon petit verre de ce thé… le seul que j’apprécie réellement !

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