Hassan, prince de Guelmim

Aux abords d’Agadir, nous longeons une cote découpée alternant falaise calcaire et grande plage de sable. Le vent est bien présent et il rend le cagnard supportable. La traversée des villes et villages apporte tout de même quelques surprises. En effet nous sommes dans le Sud réputé pauvre et à chaque village nous retrouvons un habitat relativement récent, des bâtiments administratifs modernes et beaucoup de chantier en cours. Malgré cela les Marocains ont eu le bon goût de conserver un cachet traditionnel à leur construction. Autre point intéressant les écoles nombreuses et elles aussi modernes. Nous n’avons pas d’explication mais l’idée nous vient que le jeune roi Mohamed 6 a choisi de donner un coup de pouce à l’école et au sud de son pays.

Il est temps pour nous de trouver de l’essence car nous n’en avons pas assez pour rallier TAN-TAN. Dans la voiture nous chantons sur la route de TAN-TAN célèbre tube d’Eddy Mitchell, le soleil se couche devant nous avec son ciel virant du bleu au rouge flamboyant. Nous sommes grave heureux et revisitons nos classiques de la chanson française.

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Soleil couchant en arrivant à Guelmim

Soleil couchant en arrivant à Guelmim

Arrivés à GUELMIN, nous stoppons à la station PETROM. Il fait nuit et la ville est très vivante. Un homme en Djellaba (la même que la mienne) s’avance pour discuter avec nous. Il s’appelle HASSAN (ça change) et il est le patron de la station d’essence. Il insiste pour que nous laissions la voiture et que nous prenions un thé ensemble. On ne refuse pas le thé au Maroc, surtout pas nous. Assis en terrasse nous dégustons donc ce fameux thé en compagnie d’HASSAN et d’un ami mauritanien.

Hassan, prince de Guelmim... et d'Hollywood

Hassan, prince de Guelmim… et d’Hollywood

De nombreuses personnes saluent notre hôte faisant montre de l’importance du bonhomme. Petit à petit nous découvrons un homme affable, cultivé, très drôle. Il nous parle de son pays et surtout de la Mauritanie et des tracasseries potentielles avec les douaniers. Il nous conseille sur l’achat de clous de girofle (confirmé par son ami) pour passer paisiblement la frontière. Je lui demande ou en trouver et même s’il peut nous en négocier au prix marocain. Il charge un de ses employés de faire le nécessaire.

Nous continuons la discussion, il nous parle de ses 12 ans au USA à Hollywood ou il est chauffeur de limousine puis dans plusieurs villes américaines ou il est chef de cuisine dans les palaces. Il y a une dimension mythomane dans le personnage mais il est très convaincant et son humour multiglotte (anglais, espagnol, français, italien) trahi une culture certaine (même sans limite). Nous sommes conquis par le bonhomme qui se révèle vraiment sympas et complètement désintéressé. Bien dans l’ambiance je lui demande s’il peut nous négocier une théière et du thé toujours au prix marocain. Je l’accompagne chez le premier épicier, qui voyant un blanc augmente son prix. Hassan négocie en arabe le prix et sort furieux en disant “c’est un con” on va ailleurs. L’autre épicier sera meilleur marché et nous voilà avec notre théière et notre boite de thé.

Philou et sa Djellaba

Philou et sa Djellaba

Dans la foulée je questionne HASSAN, habillé d’une superbe djellaba, soie et coton. Il m’indique le prix et me propose d’en trouver une. Banco, mais cette fois il me demande de ne pas rentrer dans la boutique. Une, deux, trois boutiques plus tard il ressort avec la djellaba à un prix inférieur que celui annoncé. De retour au café ou nous attend Cyril, il nous propose le couvert. Nous sommes très largement conquis et acceptons son invitation.

Petit crochet par le marché “nocturne” pour acheter le poisson, le pain, le vin (et pas le boursin) puis par le café de “Monte la jolie” pour déguster une bouteille de jus de fruit et nous voilà dans sa garçonnière (gentil demeure au confort marocain de 100 m² avec un patio ouvert sur le ciel étoilé). Il nous quitte pour aller chercher de quoi fumer (au passage nous n’avons pas déboursé un dirham pour les courses et les boissons). Reviens 1 heure après, tranquille, toujours aussi joyeux accompagné de son beau-frère (Mohamed, riez pas !) et d’un ami célèbre guitariste de musique classique marocaine (Bakkar). Nous apprendrons encore qu’il a été marié à une américaine pendant 7 ans, qu’il a deux enfants, qu’il a travaillé et voyagé partout en Europe et au Emirat Arabes Unis, qu’il est rentré au Maroc pour reprendre l’affaire de son père, qu’il a une vie “dissolue” (c’est pourquoi la garçonnière), boit du vin, fume le haschisch et le narguilé.

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Le repas grillade de poisson, grand cru marocain (beurk !!!) et raisin (le reliquat de Marrakech) et l’après repas (alcool de figue de Said), le reste de la soirée (chansons, histoires drôles, etc..) seront du même acabit, en un mot exceptionnel. Nous sommes transportés par notre hôte (trop drôle, trop fort, trop beau, trop vif, trop cohérent). Cette rencontre nous marquera à coup sur. Petite séance photos et magnéto clôtureront cette soirée.

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L’esprit complètement Marocain , nous embrassons HASSAN.

Au moment de le quitter (après qu’il nous ait proposé le gîte), nous sommes encore une fois remplis de bonheur et conscient de notre chance. Pendant un long moment dans la voiture, nous confrontons nos points de vue.

Quelque 100 kilomètres plus tard au sommet d’un dernier relief de l’Anti Atlas nous stoppons pour quelques heures de sommeil dans la voiture, nous sommes dans le brouillard  et il fait froid !!!

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