Fatou, une vie de femme sénégalaise

FATOU – Adorable jeune femme sénégalaise incarnant la gentillesse, le dévouement, oscillant entre tradition et modernité, 25 ans, Colobane, Dakar.

Dakar (Colobane), 26 octobre 2002

Fatou

C’est à n’en pas douter l’un des prénoms féminins les plus portés au Sénégal (Combien de sénégalaises de tous âges ainsi prénommées ai-je pu croiser ?). C’est aussi, dans l’héritage post-colonial, le surnom donné à l’employée de maison dans les résidences appartenant à des blancs (quel toubab résident expatrié n’a pas sa Fatou ?). C’est encore une chanson traditionnelle (la chanson de Fatou !) que les autochtones entonnent très souvent.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Mais ce prénom évoque avant tout pour moi l’une des filles les plus gentilles et dévouées qu’il m’ait été donné de rencontrer : la cousine de mon ami Amath (en fait, la nièce de la femme de son oncle !…).

Mon premier contact avec elle, c’était par téléphone, en essayant de joindre Amath, juste avant mon premier voyage sur Dakar. Elle m’avait parlé comme à un vieil ami qu’elle avait hâte de revoir… alors qu’on ne s’était jamais rencontrés ! Première rencontre, chez la tante d’Amath où elle vit elle aussi, et même accueil incroyablement amical et chaleureux. Fatou m’a tout de suite mis à l’aise, fait comprendre que j’étais ici comme chez moi… et que je faisais partie de la famille.

A chacune de mes visites, elle m’accueillait toujours par un sourire et un mot gentil (« Namonenala… »… très belle expression typiquement sénégalaise qui signifie «j’avais ta nostalgie »), veillant à ce que je ne manque de rien, insistant pour je mange à ma faim (« Cyril ? Kaye reer… »), pleine d’attention, de douceur et de gentillesse.

Amath et Fatou, chez Aïda à Colobane

Chez Amath, c’est Fatou qui fait tourner la maison. Sa tante Aïda, la maîtresse de maison, travaille tard jusqu’au soir dans une grande banque de Dakar. Par tradition et archaïsme, les hommes sont très peu associés aux tâches quotidiennes… Alors tous les jours, c’est Fatou qui se charge de récupérer le repas chez la grand-mère, de le préparer parfois. Fatou aussi qui entretient la maison, Fatou qui prépare le petit déjeuner, le café ou le lait chaud qui vient agrémenter de temps en temps le début de soirée, avant d’aller faire sa prière. Fatou encore qui révise son code Rousseau pour passer son permis de conduire, avant de se rendre à son travail d’opératrice pour une société de vente par téléphone.

Elle est pour moi un des symboles de ce Sénégal qui oscille entre tradition et modernité. Tenue par le poids des tâches quotidiennes et par les traditions musulmanes, et en même temps jeune femme épanouie, vivante et émancipée, si attachante…