De Niamey, comme prévu…

Niamey (Niger), 19 mars 2003

Du Niger au Burkina, "Bon voyage"...

Du Burkina au Niger, « Bon voyage »…

Il voyage en solitaire
Et nul ne l’oblige à se taire
Il chante la terre
Il chante la terre
Et c’est une vie sans mystère
Qui se passe de commentaire
Pendant des journées entières
Il chante la terre…
(Gérard Manset)

Allô la France, ici le Niger ! Désolé, j’ai pas encore eu le temps d’apprendre le haoussa. J’ai fini par arriver à Niamey de bonne heure ce matin, au terme d’une nouvelle folle escapade que je m’empresse de vous raconter. Décidément même après 6 mois d’Afrique je suis encore très naïf, je crois toujours que tout va se passer comme prévu…

J’ai quitté Koudougou comme prévu lundi à midi, je suis arrivé à 14 heures à Ouaga où j’ai passé la nuit comme prévu, et je me suis pointé à la gare routière mardi matin, comme prévu. « Comme prévu », c’est à dire à 6h30 comme me l’avait précisé la veille l’employé de la SOGEBAF, la société de bus. Déjà testée avec les zinezines, pas confortable et pas ponctuelle, mais c’est la seule société de transports qui assure la ligne Ouaga-Niamey. Je me suis levé à 5h30, on est parti à… 8h30, j’étais un peu énervé de bon matin ! SOGEBAF : Société Organisant Grossièrement un Ensemble Bordelique d’Autobus Foutraques.

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SOGEBAF : Société Organisant Grossièrement un Ensemble Bordelique d’Autobus Foutraques.

Bizarrement, tout s’est bien passé pendant 400 kilomètres, jusqu’à la frontière du Niger. « Bien passé », c’est à dire sans accident, sans panne, sans roue détachée, bref sans incident majeur. Un peu longuet quand même, surtout que j’avais les cannes un peu pliées et que j’avais mal calculé la position du soleil qui m’a accompagné de midi à quinze heures… A quinze heures, nous sommes à Kantchari, la dernière ville du Burkina, le bus fait demi-tour et s’arrête : terminus ! Merci la SOGEBAF, qui te vend un ticket jusqu’à Niamey et qui t’abandonne à 120 kilomètres du but… Apparemment mes compagnons de voyage ne s’en offusquent pas, alors je fais comme eux, je les suis jusqu’à au premier taxi-brousse en partance pour Niamey. Je paie vite mon billet car il n’y a que 20 places dans le taxi-brousse (moi, j’ ai compté que 15 sièges !).

Une bonne heure d’attente encore, il semble qu’il y a un problème de caisse par rapport au nombre de places vendues, je ne comprends rien puisqu’ils parlent en langue locale. On finit par m’expliquer, il semblerait qu’un abruti a pris un billet Ouaga-Niamey et payé en plus le trajet du taxi-brousse… Ah merde, c’est moi l’abruti ! « Je suis là, j’ai mon billet… » Ils avaient encaissé un ticket de trop et cherchaient depuis une demi-heure qui c’était… fallait demander en français ! Je me fais rembourser, je demande pardon au ciel pour avoir maudit la Sogebaf. Les bagages sont chargés, les 22 personnes sont montées (oui, 22 finalement) on va pouvoir partir.

Changement de taxi-brousse entre Kantchari et Niamey

Changement de taxi-brousse entre Kantchari et Niamey

Ah non… changement de véhicule, finalement on va prendre un taxi-brousse bleu, sûrement parce qu’il est plus joli (en tout cas il est pas en meilleur état). Après le transfert, on me propose de m’installer à l’avant pour être moins serré, ce qui fait râler une dame qui doit pas aimer qu’on traite les nassaras comme des privilégiés !
Soudain, le taxi commence à reculer, y’a pas le frein à main… on me crie « mets une vitesse ! » Je cherche mais y’a pas de levier ! Ah si, sur le volant, je pousse tout vers le haut… pourvu que ce ne soit pas l’essuie-glace ! Ouf…

Enfin, on part, il est 17 heures. Pas si confortable l’avant, parce qu’on est 3 sur deux places (plus le chauffeur sur son siège) et qu’en entrant au Niger la route se change en piste, bosses, trous et tôle ondulée. Heureusement, on s’arrête au poste frontière 25 kilomètres plus loin pour le contrôle… Un peu pénibles les autorités nigériennes, demandent à inspecter tous le bagages, on repart au bout d’une heure, le soleil est couché et Niamey est encore à 95 kilomètres. Il est près de 19 heures, 20 heures en fait au Niger avec le décalage (c’est la même heure qu’en France).

Dix kilomètres plus loin, panne… On est en pleine brousse, les mécanos de service se mettent au boulot et je me vois déjà passer ma première nuit nigérienne à la belle étoile et en pleine brousse ! Le moteur ronronne enfin, c’est reparti, on ne dormira pas dehors !

Et ben si, on dormira dehors. Parce qu’arrivé à Tondori, à 60 bornes de Niamey, les gendarmes nous interdisent de poursuivre : les transports en commun n’ont pas le droit de circuler de nuit… On essaie un peu de négocier mais le chauffeur a pas l’air super pressé de poursuivre, il fait demi-tour et arrête le bus dans la gare routière en disant tout simplement : « Demain, 5 heures… » Alors je fais comme tout le monde, je vais boire un coup et puis louer une natte en osier pour m’allonger dans le sable à côté du bus… Comme mon sac est coincé sous tous les autres sur le toit du bus, je renonce, j’ai dormi sans drap, sans manches longues et sans pantalon et je me suis caillé toute la nuit ! Comme le sol était aussi un peu dur, j’ai rien dormi et j’ai compté les heures. C’est vous dire comme j’étais heureux de repartir vers 5 heures 30, et plus encore d’arriver à Niamey à 7 heures du mat, près de 24 heures après mon départ de Ouaga. C’est sûr, avec la SOGEBAF t’en as pour ton pognon, 80 francs pour 24 heures de trajet, et 2 francs seulement la nuit à la gare routière (le prix de location de la natte !) Un taxi et me voici enfin chez mes hôtes, un couple de français qui dirige un grand lycée à Niamey. Petit dej, douche… l’extase.

Je devrais être content puisque ce devait être le dernier trajet mouvementé. Malheureusement, dans 2 semaines je fais le trajet inverse pour aller prendre mon avion pour Dakar à Ouaga (le 2 avril), 900 francs moins cher que de Niamey. Mais je vais un peu l’apréhender, ce trajet retour !

Demain je rencontre les gens de l’association « Aide et Action » pour programmer la sortie en brousse au village de mon filleul. Cet après-midi ? Je dors…

@+ pour de nouvelles aventures…

Cy-real