Pikine, parcelle 210… Touré Kunda

Rue de Pikine au petit matin...

Rue de Pikine au petit matin…

Après une nuit difficile, j’émerge de bonne heure : le jour est à peine levé, il est environ six heures. Mon carnet à la main, je vais me poser devant la maison. Au lieu d’écrire, je commence à… dessiner la rue sablonneuse dans le calme du petit matin, afin d’illustrer la première page du carnet (bon, je ne suis définitivement pas Titouan Lamazou, et je sais pourquoi j’ai choisi d’écrire plutôt que de dessiner…). Sur un mur de l’autre côté, un vieux tag revendique la « diam revolution », la révolution pacifique…

La maison Touré se réveille lentement… Fotigui semble avoir retrouvé tous ses esprits. Après un petit déjeuner « traditionnel » (Nescafé au lait & pain-beurre), j’accompagne Kiné jusqu’au marché de Pikine. Elle ne manque pas de saluer tout le voisinage en enchaînant les « na nga def » et les palabres d’usage. Ma présence à ses côtés semble intriguer et amuser.

À Pikine, la cour de la maison Touré

À Pikine, la cour de la maison Touré

J’ai proposé à Kiné de prendre en charge les frais pour le thieboudien du midi. Le marché commence sur l’étal à poissons, où une sénégalaise agite nonchalamment un chiffon pour effrayer les innombrables mouches – combat perdu d’avance… Je me sens un peu à l’étroit sous ce bas plafond de tôles, dans de petites allées encombrées où il est parfois difficile de se croiser. En attendant que Kiné négocie et trouve son bonheur, j’essaie de me faire tout petit pour gêner le moins possible, et je me réjouis de ce moment de retrait qui me permet d’observer un tableau incontournable du quotidien sénégalais. Kiné me signale qu’elle en a terminé avec le poisson d’un bref « on y va ». Après le riz, les épices, les légumes (aubergines, piments…) et les indispensables citrons verts, Kiné vient me demander avant de rentrer : « On peut augmenter un peu le poisson ? ».

Je porte le seau un peu lourd pour la frêle Kiné sur le chemin du retour, endossant avec jubilation le rôle du « boy blanc » de service aux côtés de sa maîtresse !…

sn2008-4403-pikine-parcelle-toure-04Je passe le reste de la matinée à la maison. Dans la cour, les femmes s’activent entre toilette personnelle, balayage, lessive, vaisselle, préparation du repas… Les attributions de chacune semblent clairement définies. J’écoute avec bonheur et pourtant sans rien comprendre les discussions très animées en wolof. Je redécouvre les habitudes familiales du clan Touré en cette matinée de dimanche.

Fotigui est plongé dans un journal local. Il est presque le seul homme de la parcelle, entouré de sa femme, ses deux filles, ses sœurs, ses belles-sœurs, ses nièces… Il y a beaucoup de va-et-vient par la petite porte de la propriété – donc beaucoup de salutations.

Sœurs, nièces, cousines ?...

Sœurs, nièces, cousines ?…

Un carré de tissu est bientôt déployé au sol, pour accueillir la lourde gamelle de thiboudien. « Cyril ? Viens manger. »

On m’a préparé un tabouret. On me tend une cuillère. On dépose dans le plat des morceaux de poisson détachés à la main juste devant moi… Je suis l’invité et l’ami de la famille, et à ce titre j’ai droit à tous les égards – dans la plus grande simplicité.

Pour le thé, rendez-vous « en terrasse », à l’ombre du manguier situé devant l’entrée. Un lieu stratégique, qui permet d’être en même temps à la maison et dans la rue. Pour se regrouper et se retrouver, sans se renfermer. On salue et on renvoie les salutations aux amis et aux voisins de passage.

Pikine, parcelle 210... en terrasse

Pikine, parcelle 210… en terrasse

Génération portables...

Génération portables…

Le lien social se construit désormais aussi grâce aux téléphones portables, qui sont dans toutes les poches. Du haut de ses dix-sept ans, la pétillante Astoumbacké l’utilise d’ailleurs comme toutes les jeunes Françaises de son âge : en mode mp3, en partageant un écouteur avec sa voisine…

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