La tournée des grands-ducs

Samedi 24 juillet, N’Dangane (Sénégal)

C’est notre dernier jour à N’Dangane, avant de filer pour la Casamance. Je me réveille tôt et je pars pour la brousse en traversant le village, quasi-désert à cette heure matinale. J’ai une promesse à accomplir…

Après les dernières cases, je suis les traces de pneus laissées par les charrettes et les voitures sur les tanns, de vastes étendues sablonneuses plates comme une table de billard. Le soleil est voilé, pas encore trop chaud. Quelques oiseaux me font la fête lorsque je passe à côté d’un marigot. Les palmiers rôniers et les baobabs m’attirent et me fascinent… Où est-il d’ailleurs, ce fameux baobab de mon souvenir ?

Le baobab de mon souvenir, en décembre 2003

Le baobab de mon souvenir, en décembre 2003

J’espère retrouver l’arbre magique dans lequel j’étais monté avec Lolo et Fifi, quelques années plus tôt, pour une séance photo et une soirée mémorables ; mais pfff… que de départs de sentiers, que de champs, et que de baobabs, tous différents et en même temps tous semblables à celui de mes souvenirs, surtout qu’en cette saison d’hivernage, les arbres sont beaucoup plus feuillus… C’est mission impossible ! Alors je me laisse guider par mes impressions : celui-là est trop petit ; celui là trop tortueux…

Je croise quelques marcheurs partant pour les champs. Un conducteur de charrette, étonné de me voir si loin du village à cette heure m’interroge en passant : « Tu vas où ? ». Je lui réponds malicieusement : « Dakar ! » (La capitale est à 180 kilomètres…)

Enfin, le voilà. Ce n’est pas l’arbre de mon souvenir, mais c’est à coup sûr celui de ma promesse. Il est au milieu des siens (posé entre deux autres), noble et élégant…

Un baobab pour rendre hommage à Éliane

Un baobab pour Éliane

L'hommage du calao...

L’hommage du calao…

J’en fais lentement le tour en posant ma main sur son écorce. Et alors que je pose mon sac pour en sortir le texte écrit en hommage à Éliane, la plainte lancinante d’un petit calao perché sur une branche supérieure vient déchirer le silence du matin…

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Je prends le temps de relire le texte, puis je m’approche de la large fente qui traverse le tronc à mi-hauteur.

Un joli margouillat est là pour m’accueillir, comme un gardien du temple.

... et celui du margouillat

… et celui du margouillat

A n’en pas douter, cet arbre-là a une âme ! Quel endroit magique, et quel instant magnifique pour ce dernier hommage à ma marraine… Je glisse le papier dans la fente du tronc avec un frisson. Puis je m’éloigne, et le calao s’envole…

Je rentre sur N’Dangane avec le soleil de face, et il fait bien chaud – alors qu’il n’est pas encore 9 heures ! Je retrouve Claire au Mazet vers 9h30, après une belle balade de deux heures. Le temps d’une petite douche… et c’est parti pour la tournée des derniers moments passés à N’Dangane.

Pour commencer, un café touba chez Khady accompagné d’un m’borou ak chocolat. Ensuite, un tour dans la boutique de Baba, qui a terminé les tenues de Bichetteka, mais pour les miennes, ça reste ! Dans la foulée, je passe voir Ameth pour « organiser » notre dernière soirée (repas, boisssons, musique ?), pendant que Bichetteka va faire la « fatou » avec une bonne lessive à la main avant le départ.

Je repasse chez Baba déposer le tissu pour qu’il me confectionne un pantalon… et je reste encore une heure à palabrer. Je ne sais pas passer voir les gens et repartir instantanément, même si je les ai déjà vus une heure avant. Je trouve tout le même le temps d’une petite sieste, juste avant le repas programmé chez Khady et Moussa vers 14h.

Grand match n°1 : un super thieboudien… J’appelle Soukeye : « Kaye agn ! » (Viens manger !). Elle me répond : « Kaye agn ! ». Et bien sûr, c’est elle qui gagne, nous participons donc au deuxième match autour du thiep de Soukeye – cette fois sans huile de palme, ouf !

Le rendez-vous de l’ataya ? Ce sera dans l’atelier de Pape Kane, avec obligation associative d’en rapporter une toile pour la prochaine tombola. Pape met le thé en route, Bichetteka nous abandonne pour aller siester. L’échange du jour aborde la question de la paternité, notamment sur le « besoin d’enfant » africain, évoqué par le Saint Coran…
De temps à autre, je fais le « petit » qui apporte le plateau avec les verres de thé aux voisins !…

Ataya avec Pape Kane

Tout naturellement, je choisis la toile « Borom keur » qui fait écho à notre discussion du jour. J’aide Pape à emballer la toile dans un carton rigide (environ 80 x 60 cm), qui va être un super-bagage à trimballer dans les taxis-brousse entre N’Dangane, la Casamance et Dakar !

Dernière soirée aux Piroguiers

Retour au Mazet pour solder les comptes avec Amara, pris dans l’après-midi d’une subite envie de désherber le jardin. Chez Moussa, nous retrouvons Ameth qui fait le constat de l’impossibilité d’organiser sénégalaisement une soirée entre amis (trop cher). Tant pis pour le repas… Nous nous consolons aux Piroguiers autour d’une Gazelle avec « Pape Con » (il a « la connerie qui pousse ») et Baba, plutôt très solennel ce soir-là. Nous abordons les rapports entre hommes et femmes, un dialogue qui reste à poursuivre et à développer avec les Sénégalais !
Nous apprenons un peu plus tard le décès du mari d’une responsable de la case de santé, qui ajoute une ombre de plus sur notre dernière soirée.

Fa et Pal Manga

Nous reprenons la route avec Pape pour aller chercher un sandwich chez Fa, où je retrouve mon copain Pal Manga. Finalement nous terminons au N’Dangane café, pour se prendre dans la gueule un reproche de Khacim de ne pas avoir tenu notre engagement d’organiser une soirée… Nous commandons tout de même une Gazelle, mais on se retrouve vite très seuls… Pas la joie ce dernier soir ! Sans nouvelle d’Ameth, nous passons devant chez lui où il prend le thé avec un voisin. Il nous raccompagne au Mazet, mais l’au revoir est bref, et la séparation bien étrange et peu chaleureuse…

Heureusement, nous croiserons un peu plus loin le sourire de Soukeye, en route pour la discothèque !

Un sourire de Soukeye avant de quitter N’Dangane

L’autre jour le plus long »»

« Bassoul, nouveau Saloum