L’autre jour le plus long

Medina Wandifa (Casamance, Sénégal), 25 juillet 2010

Le défi du jour : rallier la Casamance depuis N’Dangane en empruntant la Transgambienne, la route qui traverse la Gambie (le pays et le fleuve).

  • Troncon n°1 : N’Dangane > Fimela, en « taxi Ibou »

7h – Ibou arrive avec sa voiture devant le Mazet aux environs de 7h10, pour nous déposer à la gare routière de Fimela. Pendant qu’il va garer son taxi, nous avons largement le temps de prendre un petit déjeuner (café Touba et pain chaud ak chocolat). Nous patientons environ 1h30…

  • Troncon n°2 : Fimela > Diosmone, en minicar Diag N’Diaye.

Cabine de pilotage d’un Diag N’Diaye…

9h – Le car enfin plein, nous rejoignons la gare routière de Diosmone afin de prendre une correspondance pour Fatick. Cette fois le car est là, et nous payons notre pass… mais l’apprenti n’a pas de monnaie, et s’absente le temps d’en trouver. Nous croisons M. Omar (l’ex-animateur du soutien scolaire à N’Dangane), tout étonnifié ! Il porte un magnfique boubou et des lunettes de ministre, il profite de l’occasion pour nous remercier et nous demande de transmettre ses salutations à tous les amis (les Laure, les Félicia, etc.).
Mais l’apprenti est revenu avec la monnaie, et nous devons rejoindre taf-taf notre minibus !

  • Troncon n°3 : Diosmone > Fatick, en minicar Diag N’Diaye.

À force de palabrer, on monte les derniers et le minicar est blindé ! Au démarrage, mon voisin est assis à moitié sur mes genoux… avant de trouver sa place à la faveur des mouvements du voyage. En route pour Kaolack. Mais comme tout droit c’est pas drôle, un petit détour par Fatick…

  • Troncon n°4 : Fatick > Kaolack, en minicar Diag N’Diaye.

En gare routière de Fatick

11h00 – En gare routière de Fatick, tout le monde descend, mais personne ne sait si le minicar continue sa route jusqu’à Kaolack. Finalement, nous sommes orientés vers un autre véhicule flambant neuf (c’est si rare !), peinture et carrosseries impeccables, fauteuils et pneus quasi-neufs… et un portrait de Barack Obama pour changer de Cheikh Amadou Bamba. En fait il n’a qu’un seul défaut : il est à moitié vide… Il faut donc attendre d’autres voyageurs.

Juste avant notre départ, un autre car est poussé par dix gars pour l’aider à démarrer : c’est tout de même beaucoup plus fréquent qu’un véhicule tout neuf qui démarre au quart de tour ;-). Un petit sachet de bissap, et c’est parti.

  • Tronçon n°5 : Kaolack > Farafenni (Gambie), en taxi « 7 places »

12h50 – À Kaolack, nous prenons un taxi pour la gare routière « Nioro », d’où partent les véhicules pour la Casamance. Une petite averse nous surprend, affrontée avec quelques madeleines, parce qu’on n’a pas réussi à faire baisser le prix des bananes.
Nous attendons encore, il manque encore deux passagers pour remplir le 7 places… C’est finalement un passager pressé qui achètera les deux derniers billets à 6500 F CFA, afin de nous permettre de partir.

14h – La route est plutôt en bon état jusqu’à Nioro du Rip. Sur les tronçons les moins roulants, des enfants « bouche-trous » tentent de colmater les nids de poules de la route en espérant un petit pourboire… En arrivant à Keur Ayip (poste frontière sénégalais avant la Gambie), nous effectuons un auto-remplissage du registre et faisons tamponner nos passeports. À 16h, nous entrons en Gambie au poste-frontière de Farafenni, et là le tampon d’entrée nous coûte 1000 F CFA.

  • Tronçon n°6 : bac de Farafenni, traversée du fleuve Gambie

16h10 – Comme tous les jours, une interminable file de camions (plus d’une quarantaine) est tanquée devant l’embarcadère, rappelant le caractère vital de ce passage où transite 70% de l’économie gambienne. Une file pour les véhicules plus légers permet à notre taxi de s’avancer, mais c’est en piétons que nous franchissons les portes d’embarquement vers 17h entre deux averses, au milieu des flaques d’eau, avec les pieds pleins de boue, tout en respirant des gaz d’échappement…
Un camion impatient s’embarque de traviole, une dernière voiture à bord et barna ! À deux véhicules près, le bac est déclaré complet et part sans nous en grinçant… Quand ça veut pas ça veut pas.

Il faut encore 40 minutes pour qu’un second bac arrive, effectue sa manœuvre de demi-tour et termine son opération de déchargement/chargement. Le débarquement est folklorique et très long, un car trop long lui aussi venant notamment gaiement racler le quai (cf. photo).

Quand ton car est trop long…

Guidés par nos compagnons de taxi, nous embarquons enfin, toujours au milieu des gaz d’échappement. Le bac démarre vers 18h15.

Deux heures d’attente, pour une traversée qui dure 15 minutes…

  • Tronçon n°7 : bac de Farafenni > poste frontière de Soma, Gambie en taxi « 7 places »

15 minutes de traversée plus tard

18h30 – Débarquement : alors que je suis le flux des piétons, un camion pressé manque de m’écraser en descendant du bac alors que je guette la descente de Bichetteka…

Au complet, nous remontons dans notre taxi pour rouler (sur une piste pleine de trous, de bosses, de flaques…)  jusqu’au poste-frontière de Soma (sortie de la Gambie).

Wher’ ar’ you goin’ ? me demande le douanier gambien avec un accent chewing-gum difficile à comprendre.
Bignona, Casamance.
Well, two thousands.
Again ?
Yes : entrance, exit…

De retour du poste frontière, notre taxi montre des signes de faiblesse… Nous voilà en panne à la sortie de Soma, dans un No Man’s Land : nous avons quitté la Gambie, mais nous ne sommes pas pour autant entrés  de nouveau au Sénégal. Il est près de 20h, la nuit commence à tomber, la pluie aussi… Nous commençons à réaliser que nous ne parviendrons pas à destination. Dans le même temps, certains commencent à évoquer un possible couvre-feu avec barrage militaire à venir…?

En attendant, l’ambiance avec nos compagnons d’infortune est très sympa, et nous listons nos malheurs du moment pour mieux en sourire : la fatigue, la pluie, la nuit, bientôt les moustiques et la faim…
Un autre taxi-brousse est en rade devant nous, sans ses passagers qui ont eu la chance de trouver un autre véhicule. Comme il est réparé avant le nôtre, c’est à son bord que nous rallions le poste-frontière sénégalais de Senoba.

  • Tronçon n°8 : Soma (Gambie) > Medina Wandifa (commune de Tabayel), Casamance

Vers 21h – Comme il pleut, il n’y a personne à l’extérieur du poste-frontière de Senoba… Nous décidons de tracer en entrant au Sénégal sans faire tamponner nos passeports. Tout le monde a envie de rouler, en route pour Ziguinchor et Bignona !

Mais en fait non. La Casamance s’arrêtera ce jour-là à Madina Wandifa, carrefour Diaroumé, où des militaires ont fermé la route… qui rouvrira le lendemain à 7h. Pour manger, il y a bien un vendeur de sandwichs, mais pour dormir ? L’hôtel Wandifa, et ses chambres à 10 000 CFA la nuit ? Le taxi-brousse 7 places, gratuit et inconfortable au possible ? Sous le camion de porcs, à quelques mètres de nous ?

Un taxi-brousse à l’arrêt à Medina Wandifa

Après quelques heures de mauvais sommeil, je finis par sortir du taxi en abandonnant Bichetteka et mes compagnons de voyage pour me poser sur les marches de l’hôtel. Comme je n’ai pas accès à mon sac à dos, je n’ai pas d’alternative : ni matelas, ni drap, ni natte à louer comme j’avais pu le faire lors d’une précédente mésaventure au Niger.

Mais je n’ai plus vraiment sommeil, et comme je n’ai à portée de main ni bouquin à lire, ni carnet à rédiger, je prends le seul objet à ma disposition : le dictaphone. Et là, à 2h30 du matin, au milieu des ronflements de porcs, des aboiements de chien et des cris d’âne, sur les marches de l’hôtel Wandifa, je me remémore les péripéties de cette longue journée…

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